Des militaires

Jules-Adolphe DE VILLIERS (1811 – 1848)

 

En 1848, le gouvernement provisoire de la seconde République française fixe par décret que la journée de travail sera dorénavant de 11 heures pour la province et de 10 heures pour Paris. Cette mesure impopulaire provoque des émeutes dans plusieurs villes du pays. A Marseille, des centaines d'ouvriers descendent de la colline Saint-Charles, envahissent les quartiers du centre et improvisent des barricades notamment places Castellane, des Oeufs et de la République. C’est au cours de cette émeute que les capitaines Robuste et de Villiers sont tués en service, cours Saint Louis, le 22 juin 1848, alors que le général Ménard Saint Martin ne fut que blessé. La veuve de Jules-Adolphe de Villiers, Josephine-Rosalie-Henriette-Amélie de Villiers, originaire de Grenoble, reçoit une pension  de 400 francs.

 

Si donc la bourgeoisie l’emporte encore une fois, la République est compromise car elle perd ses meilleurs défenseurs : les ouvriers qui sont désormais hostiles et haineux à son égard. Ses évènements peuvent expliquer la marche ascendante de Louis-Napoléon Bonaparte qui sera nommé président le 10 décembre 1848.

 

La tombe est intéressante avec un piédestal portant une sculpture représentant le shako, le sabre et les épaulettes de ce soldat mort en héros.

 


 

 

Le capitaine Eugène VITTEAU (1818-1850)

 

Fils de Claude Vitteau, sous intendant militaire adjoint, et d' Olympe Ovide Lallemant, Eugène naît à Grenoble en 1818. Reçu à l'Ecole royale polytechnique, il en sort 99ème sur 130 élèves de la promotion de 1838.

 

Il est ensuite admis dans le service d'artillerie de terre en 1840. Sous-lieutenant en 1842, il fut blessé assez grièvement à la cuisse par l'explosion d'une fusée au polygone de Metz. Le lieutenant Vitteau participe à la campagne d’Algérie de 1845 à 1848. Il est remarqué dans les combats de El Souch en 1846 et dans ceux menés contre la tribu des ouled-aïssa, selon l'extrait du rapport du colonel Eynard. Il suit les expéditions du général Levasseur dans Le Bois-Châlet ; du colonel Dumontet dans les montagnes du Hodna ; du colonel Eynard en petite Kabylie et à Sétif.

 

Eugène Vitteau se marie en 1849 avec Amélie-Jeanne-Alexandrine Long-Mattat. Alors qu'il vient d'être nommé capitaine au 13ème régiment d'artillerie de Besançon, il rend l'âme au Château de Varces à peine âgé de 32 ans. Sa mort reste inexpliquée à ce jour.

 

Selon son état civil, voici sa description physique : cheveux bruns - front découvert - nez moyen - yeux châtains - bouche petite - menton rond - visage ovale - taille 1,78 m.

 

Originalité du monument funéraire du Capitaine Vitteau

 

L'expansion coloniale suscite auprès des artistes et des architectes un engouement pour l'orientalisme. De nombreux militaires ayant participés aux campagnes d'Algérie stationnent à Grenoble et certains décident même de s'y établir. Le Capitaine Vitteau, inhumé à Saint Roch, est un de ceux-là. Il faut admirer sa sépulture dont un panorama en relief occupe la partie centrale du monument funéraire. Il s’agit peut-être d’un paysage turc avec une mosquée qui n'est pas sans rappeler les fins minarets et les mausolées princiers d’Anatolie. Certains y verront plutôt les élégantes mosquées de la ville mythique de Caire (?). Devant la tombe se trouvent, posés sur un large piédestal, les attributs de l'artilleur : le fût d'un canon, une épée et son fourreau, des épaulettes et le shako.

 


 

 

Le Général Jean-Gabriel MARCHAND (1755-1851) 

 

Jean-Gabriel Marchand est avocat au parlement de Grenoble. Il est ami de Barnave dont il épouse la cousine germaine. Il embrasse la carrière militaire en 1791, à la Révolution, sous le grade de capitaine de la compagnie d'éclaireurs du 4ème bataillon de l'Isère. Il participe à la conquête de la Savoie en 1792 contre les austro-sardes et suit Bonaparte au siège de Toulon, en 1793.

 

Pendant la campagne d'Italie, il est attaché à l'état-major du général Cervoni. A Loano, en compagnie du colonel Lannes et de deux cents grenadiers, il enlève une redoute défendue par 1200 hommes et six pièces de canons. Retournant celles-ci contre l'ennemi, il provoque une véritable panique dans les rangs adverses. Le général Scherer le nomme alors, sur-le-champ, chef de bataillon.

 

De 1796 à 1797, il sert dans la brigade de Joubert et à la Madona de la Corona. Aidé de 300 hommes, il surprend et met en déroute 10 000 autrichiens et en capture 400 autres. Blessé à Rivoli, il reçoit le grade de colonel, puis de général de brigade, le 27 vendémiaire de l'an VIII (1800). Il sert le général Moreau jusqu'à la paix d'Amiens.

 

Durant la période d'accalmie qui suit, le général Marchand commande le département de l’Isère.

 

Sous les ordres de Dupont, il s’illustre à Hoslach et Albec. N'ayant jamais démérité par son courage, Marchand est nommé, en 1805, général de division. Il reprend du service lors des campagnes de Prusse et de Pologne et combat héroïquement à la bataille de Friedland sous le feu nourri de l'artillerie ennemie. A cette occasion, il reçoit le titre de Comte et une rente de 20 000 francs sur les domaines de Diepenau, de Buremburg et d’Ehramgurg (Hanovre).

Il rejoint, par la suite, le Maréchal Ney en Espagne et au Portugal.

 

Pendant la campagne de Russie, il est chef d'état-major du roi Jérôme et se bat avec vaillance à Smolensk, Walentina-Gora, et Moskowa. Napoléon le nomme, en 1814, commandant de la 7ème division militaire avec l’ordre de procéder à la levée en masse dans le département de l'Isère et de la Savoie. Marchand en profite pour chasser les Autrichiens de Chambéry.

 

Au moment de la restauration, rallié à Louis XVIII, il commande la place de Grenoble lorsque l'Empereur débarque à Cannes. Le général Marchand exhorte alors ses troupes à ne pas prendre fait et cause pour Napoléon. Il organise la défense de Grenoble en plaçant 42 pièces d'artillerie sur les remparts. Lorsque l'Empereur atteint Laffrey, il est rejoint par la garnison grenobloise qui déserte massivement. Marchand, ayant perdu une grande partie de son armée, se retire en direction du Fort Barraux avec trois compagnies d'artilleurs et une partie de la 11ème de ligne. Très vite, c’est la débandade et le général décide de rentrer chez lui, dans sa maison de Saint-Ismier, jusqu'à la défaite de Waterloo. Accusé par la monarchie de ne pas avoir assez défendu la capitale alpine, Marchand est finalement lavé de tout soupçon.

 

Dès 1832, ce grand général est mis à la retraite. Pair de France en 1837, Jean-Gabriel Marchand est également maire de Saint-Ismier, son village où il fait l'acquisition du domaine de la famille Périer-Lagrange.

 


 

 

Emile MULTIER (1851– 1871)

 

Antoine Multier fabricant de chaussures, domicilié 3 rue des Vieux Jésuites à Grenoble, fait ériger, le 14 juillet 1871, une colonne tronquée assez monumentale au cimetière Saint-Roch, en l'honneur de son fils Emile Multier, caporal au 2ème génie, mortellement blessé durant la semaine sanglante de la Commune de Paris en 1871. 

 

Sur sa tombe il est inscrit « mort sous Paris le 22 mai 1871 »  alors qu'en réalité il ne mourut, des suites de ses blessures, que le 12 juin de cette même année, à l’âge de 20 ans.

 


 

Léon-Marie-Eugène de BEYLIÉ (1849 - 1910)

 Léon-Marie-Eugène de BEYLIÉ, général de brigade, archéologue, bienfaiteur de la ville de Grenoble, est né à Strasbourg le 26 novembre 1849. Il périra à la suite d'un naufrage dans les rapides du Mékong, près de Tha-Dua (Laos) le 15 juillet 1910. Il est inhumé dans la sépulture de la famille de Beylié, au cimetière Saint-Roch, allée principale n°1, case 144.

Le militaire :

Léon de Beylié est élève à l'Ecole de militaire de Saint-Cyr lorsqu'éclate la guerre de 1870. Sous-lieutenant, il est blessé, ce qui lui vaut la croix de la Légion d'Honneur. En 1885, comme capitaine d'infanterie de marine, il prend part au Tonkin à la marche de la colonne Brière de l'Isle sur Lang-Son. En 1890, à la tête d'une colonne, il est chargé de refouler les bandes pirates qui infestent le Haut Fleuve Rouge. En 1895, il fait partie de l'expédition de Madagascar dans l'Etat-major du général Duchesne. Général de brigade en 1902, il commande les troupes de Cochinchine. En 1909, alors qu'il convoie une partie du trésor du roi du Laos en vue de son exposition au Louvre, il périt dans le naufrage de la cargaison.

L'archéologue :

De ses voyages il ramène carnets, croquis et plans de fouilles d'une précision remarquable. Un voyage en Allemagne, Russie et Turkestan, fera l'objet de «Mon journal de voyage de Lorient à Samarcande».
Suivront des ouvrages sur la Turquie et la Syrie, avec «L'Habitation byzantine», sur L'Algérie avec «La Kalaa des Beni-Hammad», L'Extrême Orient avec «L'Architecture indoue en Extrême-Orient » et «Les ruines d'Angkhor», La Société de géographie de Paris lui décerne en 1909 la grande Médaille d'Or du Prix Dewez.

Le bienfaiteur :

Le musée de Grenoble bénéficie de ses largesses avec une cinquantaine de tableaux anciens et modernes, des sculptures et une collection d'objets rares rapportés d'Extrême Orient. Amateur de peinture, il fait l'acquisition de quatre toiles du célèbre peintre espagnol Zurbaran, pièces maîtresses du Musée.

En reconnaissance, la ville de Grenoble lui érige, en 1913, un monument sur la place Victor Hugo, œuvre de Drivier, et donne son nom à une partie de la rue Haxo.

Biographie et photos par M. Henry de Pazzis

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